Aphrodite | ESTHÉTICIENNE, LE PLUS BEAU MÉTIER DU MONDE ?
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ESTHÉTICIENNE, LE PLUS BEAU MÉTIER DU MONDE ?

Epiler et lisser le corps des femmes, qu’est-ce que ça raconte de la condition féminine ? Le chercheur Ivan Jablonka s’est penché sur les cires et les crèmes, et a écouté celles qui les manient. Mise à nu passionnante.

Tout le monde y va, mais personne n’en parle.  L’institut de beauté est un monde à part. Futile de loin, profond de près, il en dit long sur le rapport des femmes à leur corps. Historien, romancier et éditeur, Ivan Jablonka étudie ce sujet moins léger qu’il n’en a l’air dans « Le Corps des autres » (éd. Seuil) : une enquête auprès d’esthéticiennes de tous âges et milieux socio-géographiques. Ce petit livre passionnant, à la croisée de la sociologie, de l’histoire et de la littérature, est l’œuvre d’un intellectuel soucieux de raconter avec rigueur la vie comme elle va. Auteur, en 2012, d’« Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus » (éd. Seuil), Ivan Jablonka est un pionnier qui dénonce le snobisme académique asphyxiant les sciences sociales. Il plaide pour l’abolition des lignes de démarcation entre les sujets dits nobles et les autres. Son livre fait la démonstration magistrale qu’étudier la condition bien souvent dévalorisée des esthéticiennes, l’usage du « roll-on » ou du « vapo zone », détailler les étapes de la fabrique de la beauté ou la phobie nouvelle du poil, c’est mieux comprendre la condition des femmes d’aujourd’hui. Explications.

ELLE. Vous avez travaillé sur la shoah, les enfants de l’assistance publique… des sujets lourds. Pourquoi vous pencher sur les esthéticiennes ?

IVAN JABLONKA. Je m’intéresse à la condition féminine sous toutes ses formes. J’ai beaucoup travaillé sur le corps volé, violé, blessé, détruit, mais, cette fois, j’ai voulu enquêter sur le corps cajolé, embelli, le corps en gloire. En travaillant sur la Shoah, j’ai remarqué qu’en 1941, dans le ghetto de Vilnius, les nazis avaient interdit aux femmes juives de se maquiller et de se teindre les cheveux. Dans les systèmes totalitaires, l’une des premières étapes de l’humiliation porte sur le corps et le souci de soi. Ce n’est pas un hasard.

ELLE. Qu’est-ce qui vous a particulièrement frappé en écoutant les esthéticiennes ?

I.J. C’est de constater à quel point elles viennent contredire

Les clichés qui pèsent sur elles. Nous avons tous en tête la figure de l’esthéticienne stupide, la ravissante idiote. On part avec le soupçon de la vacuité, de la futilité d’un métier « bas » parce que manuel et portant sur des choses corporelles. Or, j’ai rencontré des femmes intelligentes et volontaires, qui réfléchissent beaucoup à leur propre métier et à ses enjeux. (…)

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Source : ELLE

 

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